Nouveau coup dur pour Orascom
L’Algérie est en passe de devenir le cauchemar de Naguib Sawiris, le patron et principal actionnaire d’Orascom Telecom. Lundi 3 mai, le ministre algérien de la poste et des technologies a en effet mis en garde le groupe égyptien contre son projet de vendre Djeezy, sa filiale mobile algérienne, à MTN. Depuis la fin du mois d’avril, Weather Investments, la holding de tête de l’empire Sawiris dans les télécoms, est en effet entrée en phase de négociations exclusives avec le géant sud-africain de la téléphonie mobile pour lui vendre tout ou partie de ses actifs africains (en dehors de Mobinil, la filiale commune avec France Télécom), dont Djeezy. Mais Naguib Sawiris est allé un peu vite en besogne, en oubliant les clauses de la licence obtenue en Algérie.
Selon les termes de la licence, mais aussi de la législation nationale en matière de télécommunications, l’Etat algérien détient en effet un droit de préemption sur les participations détenues par les actionnaires étrangers des sociétés télécoms domestiques, lui permettant d’en prendre le contrôle dans le cas où ces participations seraient mises en vente. De plus, comme l’a rappelé lundi 3 mai le ministre algérien des télécoms au cours d’une conférence de presse, Naguib Sawiris aurait dû prévenir le gouvernement de ses intentions pour savoir s’il souhaitait exercer son droit de préemption avant d’ouvrir des négociations avec MTN. Depuis, l’homme d’affaires égyptien tente, en vain jusqu’à présent, d’obtenir un rendez-vous avec le ministre pour tenter de résoudre les problèmes. Pour Naguib Sawiris, l’opération en négociations avec MTN constitue en effet une bouée de sauvetage inespérée, mais, si le gouvernement algérien prenait le contrôle de Djeezy, le principal actif africain du groupe, cette opération pourrait tomber à l’eau. Or le groupe Sawiris a besoin d’argent frais pour faire face à sa dette. Rien que sur Orascom Telecom, le groupe doit rembourser quelque 5 milliards de dollars, ce qui représente plus de deux fois son Ebitda. Et si l’activité des filiales s’est redressée en 2009, la situation financière de l’ensemble demeure fragile, selon la plupart des analystes.
En dehors de Mobinil, Djeezy constitue le principal actif du groupe : sur les 9 milliards de dollars qu’Orascom pourraient obtenir de la vente de ses filiales africaines, la filiale algérienne représente au moins 5 milliards. Mais, le gouvernement algérien a manifestement l’intention de tout faire pour compliquer la vie de Naguib Sawiris. La raison ? Selon la presse algérienne, le différent entre les deux parties remonte à la vente en 2008 par le groupe Orascom de ses activités locales dans le ciment au groupe français Lafarge. A l’époque, le groupe égyptien s’était déjà comporté sans informer le gouvernement, tout en sachant qu’il souhaitait être informé de ce type d’opération avant qu’elle ne soit finalisée, et avait en plus cédé son activité à un groupe qui n’était pas le bienvenu en Algérie (le gouvernement bloquait les projets d’investissements de Lafarge depuis 2006). Résultat, l’Algérie a sorti l’arme lourde en 2009 contre Orascom en réclamant des arriérés d’impôts pour un montant global de 597 millions de dollars. Et jusqu’à présent, Orascom a perdu tous ses recours en justice. Une impasse dont on voit mal comment Naguib Sawiris pourra sortir, d’autant que le gouvernement a gelé sa participation dans Djeezy en attendant le paiement des arriérés d’impôts.