Telefonica : viva America !
Telefonica est-il encore un opérateur européen ? A l’issue du premier trimestre 2012, les activités sud-américaines de l’opérateur historique espagnol pèsent en effet le même poids (voir plus) que ses activités européennes (Espagne inclus), ce qui constitue une grande première pour un opérateur européen. D’ailleurs, la simple évolution des activités entre les deux continents pourrait, rapidement, amener Telefonica à s’interroger sur l’avenir de ses activités dans une partie du monde où il ne rencontre que des problèmes. Pour le premier trimestre 2012, Telefonica a en effet annoncé une légère progression de 0,5 % de ses revenus à 15,511 milliards d’euros, une chute de 8,8 % de son Ebitda à 5,081 milliards, un effondrement de 17,8 % de son résultat opérationnel à 2,5 milliards, et une division par deux de son résultat net à 748 millions !
Une véritable catastrophe financière, les analystes ayant d’ailleurs été surpris par les contreperformances du groupe dans quasiment tous les pays où il est présent. C’est en Europe évidemment que le groupe réalise ses plus mauvaises performances : les revenus y sont en baisse de 8,6 %, l’Ebitda de 14,7 % et le résultat opérationnel de 23 %. Les raisons de cet effondrement sont multiples : la crise économique qui frappe le vieux continent, la baisse des tarifs réglementés et les difficultés propres à Telefonica. Si l’Europe va très mal, il serait tentant de croire qu’à l’inverse, l’Amérique du Sud va très bien. Ce n’est pas tout à fait le cas : si la croissance des revenus accélère à nouveau, après un petit tassement en fin d’année dernière (une hausse de 8,3 %), les résultats sont sous pression (une progression de 0,8 % pour l’Ebitda mais une baisse 5,1 % pour le résultat opérationnel), en raison essentiellement de la vigueur de la concurrence (America Movil, TIM). Au final, les revenus sud-américains font jeu égal avec les revenus européens (respectivement 7,519 milliards et 7,554 milliards), alors que l’Ebitda réalisé outre-Atlantique représente 50,2 % de l’Ebitda du groupe.
Le groupe a beau affirmer que la situation s’améliore en Europe, on n’en trouve pas de trace dans l’activité. De plus, sa marge de manœuvre financière continue de se restreindre, d’autant que ses investissements sont en hausse de 16 % : sa dette nette dépasse maintenant les 57 milliards d’euros, contre 56 milliards à la fin de l’année 2011. Ce qui représente 2,55 fois son Ebitda, quand la norme est inférieure à un ratio de 2. Si, jusqu’à présent, les dirigeants de Telefonica ont refusé d’envisager la moindre cession de filiale européenne, la question va néanmoins se poser. D’autant que la participation (inutile) dans Telecom Italia (qui a nécessité une provision pour dépréciation plombant les comptes trimestriels) ajoute des contraintes financières, les actionnaires de l’opérateur italien s’étant accordés sur une recapitalisation débouchant sur une facture de plus de 270 millions d’euros pour Telefonica.