Bruxelles temporise face à Google
Toutes les entreprises européennes qui ont dû affronter, un jour, le redoutable service de la Commission européenne en charge de la concurrence n’ont pas dû en revenir, en prenant connaissance de la déclaration de Joaquin Almunia, le commissaire en charge de la concurrence, concernant le dossier Google. 18 mois après le dépôt des premières plaintes contre le moteur de recherches, le commissaire a en effet annoncé, lundi 21 mai, avoir écrit à Eric Schmidt, le président de Google, pour lui demander de répondre aux préoccupations de ses services concernant les pratiques du site.
Si Joaquin Almunia agite le spectre d’une communication de griefs permettant l’ouverture d’une enquête approfondie si Google ne donne pas suite à sa lettre, le commissaire préfère manifestement passer par une phase de négociations et, peut-être, ne pas indisposer, outre mesure, le géant de l’Internet. Pourtant, la lecture des problèmes posés par Google et soulevés par Bruxelles donne l’impression que le groupe américain se comporte, aujourd’hui, sur internet de la même façon que Microsoft le faisait dans la micro-informatique du temps de sa splendeur pour réduire ses concurrents à de simples faire-valoir. Joaquim Almunia a en effet indiqué quatre problèmes graves qui peuvent être considérés comme des comportements anticoncurrentiels. D’une part, la mise en avant des liens vers les sites appartenant à Google dans le cadre d’une recherche verticale ; d’autre part, le fait que les sites propriétaires du géant de l’Internet siphonne une partie du contenu appartenant à d’autres sites concurrents ; enfin les deux autres motifs portent sur les relations commerciales entre Google et les annonceurs et contenant notamment des clauses d’exclusivité. Soulignant que, depuis que les premières plaintes ont été déposées, Google a toujours affirmé être ouvert à une procédure négociée, Joaquim Almunia demande à Eric Schmidt de transmettre rapidement les remèdes que compte mettre en place Google pour mettre fin à ces pratiques anticoncurrentielles, la Commission se chargeant ainsi d’examiner ces propositions pour vérifier qu’elles sont suffisantes. Le tout sans fixer de délai précis.
Evidemment, le commissaire sait bien que sa grande tolérance vis-à-vis de Google va donner lieu à des commentaires, aussi il précise que cette procédure très spéciale a déjà été utilisée dans d’autres cas, concernant l’électricien allemand Eon et le groupe informatique américain IBM. Mais la Commission, qui a déjà pris beaucoup de temps pour examiner les plaintes déposées en novembre 2010, donne un nouveau délai à Google, alors que le géant de la recherche en ligne n’a pas montré son intention de faciliter la concurrence depuis 18 mois. Bien au contraire. Et alors que la Commission ne cesse de plaider en faveur de l’économie numérique en Europe, on peut s’interroger sur ce qui la retient de frapper plus vite et plus fort sur un groupe qui manifestement entrave le développement de sites européens.