Vodafone et Telefonica font réseau commun
Si, en France, les opérateurs mobiles parlent beaucoup de mutualisation des réseaux (notamment pour la 4G) sans passer, pour le moment, aux actes, la fusion des réseaux mobiles anglais est, elle, déjà bien engagée et vient de franchir une nouvelle étape. Ayant déjà conclu, il y a quelques années, une alliance pour partager les nouveaux sites, Vodafone et Telefonica ont, en effet, annoncé la constitution d’une joint-venture dans l’infrastructure. Objectif : porter rapidement la couverture des réseaux 2G et 3G des deux opérateurs à 98 % de la population (d’ici à 2015) et déployer ensemble les futurs réseaux LTE. Si les deux opérateurs mettent en avant les arguments d’efficacité et de rapidité pour justifier leur accord, la véritable raison est à chercher ailleurs : les économies de coûts (plusieurs centaines de millions de livres pour chacun des deux opérateurs) induites par la fusion des deux réseaux en une seule infrastructure, à un moment où la situation financière des deux groupes est particulièrement tendue. Alors qu’il doit gérer simultanément l’effondrement de ses activités domestiques, le recul de l’activité dans la plupart des pays européens où il est présent et une forte hausse de ses investissements en Amérique du Sud, l’opérateur historique espagnol est dans une impasse financière en raison de la montagne de dettes qu’il a accumulées. Ayant déjà annoncé une probable introduction en bourse de sa filiale allemande et de ses activités sud-américaines pour obtenir des ressources financières fraîches, Telefonica doit aussi réduire ses coûts d’exploitation et ses investissements partout où il le peut. Pour Vodafone, l’enjeu est un peu différent.
Après quelques années d’amélioration de ses performances financières en Europe, le géant de la téléphonie mobile a enregistré une nouvelle dégradation dans le courant de l’exercice clos le 30 mars dernier, l’obligeant à passer dans ses comptes annuels une provision pour dépréciation de ses filiales européennes de 4 milliards de livres (4,9 milliards d’euros). Or les actionnaires de Vodafone sont très sensibles aux performances financières de ses différentes filiales et à leur capacité de dégager du cash permettant à l’entreprise de servir de gros dividendes. Nul doute qu’ils n’apprécieront pas le mauvais coup en Europe. Et l’accord conclu avec Telefonica permettra à Vodafone de leur montrer ses efforts pour réduire ses coûts opérationnels et ses investissements. Mais au-delà de ses préoccupations financières de court terme pour les deux opérateurs, le marché de la téléphonie mobile, qui comptait à la fin de la décennie précédente cinq opérateurs de réseaux, est en train de se concentrer autour de deux grands ensembles. D’un côté Everything Everywhere, issu de la fusion des activités locales de France Télécom et de Deutsche Telekom, auquel est associé 3G UK ; de l’autre, la galaxie Telefonica-Vodafone. Les prochaines enchères pour les fréquences LTE (que l’Ofcom espère pouvoir vendre en fin d’année) devraient préciser dans quelles conditions tout ce beau monde compte se faire concurrence.
